Profession MG : réunion du 6/02/97 intervenant le Dr Beau (Nice)

 

LES ETATS DEPRESSIFS MAJEURS

 

GENERALITES

A- QUAND TRAITER ?

B- QUE RECHERCHER ?

-DEPRESSION NEVROTIQUE OU REACTIONNELLE

-DEPRESSION ENDOGENE

-LE RISQUE SUICIDAIRE

-LES ELEMENTS DU PRONOSTIC

-LES ETIOLOGIES ORGANIQUES

C- COMMENT TRAITER ?

-LE CHOIX DE L'ANTIDEPRESSEUR

-CALENDRIER THEPAPEUTIQUE

-LES TRAITEMENTS ASSOCIES

D- QUAND CHANGER D'ANTIDEPRESSEUR ?

E- QUAND RECOURIR A UN SPECIALISTE ?

F- QUAND ARRETER UN TRAITEMENT ANTIDEPRESSEUR ?

 

 

GENERALITES

 

La dépression est une pathologie fréquente, environ 10% de la population française souffre d'un état dépressif.

On considère actuellement que plus de 50 % des épisodes dépressifs majeurs(au sens du DSM ne sont pas traités ou bénéficient d'un traitement inadapté,

- Traitement par des médicaments n'ayant pas de pouvoir, antidépresseur spécifique (comme les BZD )

- Traitement par des antidépresseurs mais à des posologies ou pour une durée, insuffisantes.

Le médecin généraliste prend en charge la grande majorité des épisodes dépressifs majeurs(10% de sa consultation, 10 à 20 fois plus qu'un psychiatre). Cette prise en charge associe la prescription d'un traitement à visée antidépréssive à un soutien psychologique. Le soutien psychologique repose sur la bonne connaissance qu'a le médecin généraliste de son patient et de son environnement familial et social. Il est le garant d'une bonne alliance thérapeutique et en particulier d'une bonne observance médicamenteuse.

Les épisodes dépressifs majeurs vus en consultation de médecine générale sont souvent de diagnostic difficile du fait d'une fréquente association avec un trouble somatique actuel (qui peut masquer les signes de la dépression ).

Toutes les formes cliniques de dépression justifient un traitement antidépresseur.

 

ETAT DEPRESSIF MAJEUR

A- QUAND TRAITER ?

Définition d'un "épisode dépressif majeur" (DSM IV)

Episode dépressif majeur selon le DSM IV

American Psychiatric Association. Mini DSM-IV. Critères diagnostiques (Washington DC, 1994). Traduction française par J.-D. Guelfi et al., Masson, Paris, 1996, 384 p.

Tout état dépressif majeur d'intensité légère, modérée ou sévère doit être traité. Le traitement doit être précoce pour permettre une bonne réponse aux antidépresseurs tout en évitant un retentissement de la dépression sur le plan social familial et professionnel.

 

B. QUE RECHERCHER ?

Dresser un inventaire précis des symptômes, écouter le patient et diriger l'entretien afin de déceler les symptômes qui n'ont pas été spontanément évoqués. L'entretien a un effet rassurant pour le patient, qui sent que son MG connaît et comprend le mal dont il souffre. Il est alors plus facile de lui faire admettre le diagnostic.

 

-1-DEPRESSION NEVROTIQUE OU DEPRESSION REACTIONNELLE.

Episodes dépressifs majeurs "compréhensible"(il y a des éléments de vie défavorables) qui peut être intense, à ne pas considérer comme une "déprime" ne relevant pas d'un traitement antidépresseur.

-2-DEPRESSION ENDOGENE.

Episodes dépressifs majeurs "peu compréhensible" (moins de facteurs extérieurs, pas de facteurs déclenchants).

Rythmicité: La personne est plus fatiguée le matin, elle présente plus de facteurs somatiques (appétit, sommeil.)

C'est un épisode dépressif majeur où les facteurs biologiques semblent au premier plan, répondant particulièrement bien aux antidépresseurs (bon pronostic).

Une dépression est une maladie multi-factorielle.

 

-3-EVALUER LE RISQUE SUICIDAIRE

En sachant que celui-ci ne dépend pas toujours de l'intensité de la dépression. Les facteurs de risque sont à rechercher: Isolement social ou affectif, rupture quelle qu'en soit la nature, antécédents de tentative de suicide, décès par suicide dans la famille, idées suicidaires exprimées. 80% des suicidés préviennent leur entourage de manière directe ou indirecte.

Le risque suicidaire doit être évalué chez tous les patients déprimés, en les interrogeant directement sur leurs idées et pulsions suicidaires, ainsi que sur leurs antécédents personnels de tentatives de suicide. Cela rassure les patients d'apprendre que les idées suicidaires sont un symptôme fréquent de dépression.

Les facteurs de risque associés au suicide réussi sont les suivants : sentiment de désespoir, toxicomanie, maladies physiques, sexe masculin, symptômes psychotiques, âge avancé et sujets vivant seuls.

IMPORTANT: Aucun antidépresseur ne crée d'idée suicidaire chez quelqu'un qui n'en a pas. Des études ont montré que la mise sous antidépresseur de sujets témoins (indemnes de toute pathologie dépressive, de PMD ou de troubles psychotiques) n'augmente pas le risque de passage à l'acte suicidaire.

 

-4-RECHERCHER LES ELEMENTS DU PRONOSTIC

Pathologies associées, antécédents organiques ou psychiatriques, contexte affectif et social, ancienneté des troubles, impact de la dépression sur la vie affective, sociale et professionnelle du patient.

 

-5-PRINCIPALES ETIOLOGIES ORGANIQUES DES DEPRESSIONS SECONDAIRES

Même un syndrome dépressif typique ne dispense pas d'un bilan somatique complet, à la recherche d'une étiologie organique.

 Addiction et sevrage à des produits toxiques. alcool, opiacés, sevrage des psychostimulants (cocaïne, amphétamines, anorexigènes amphétaminiques

 Causes iatrogènes : (selon Hall 1980 Levenson 1981)

 Affections endocriniennes : Hypothyroïdies surtout, hyperthyroïdies, insuffisances hypophysaires, maladie d'Addison, Cushing.

 Affections métaboliques : Diabète, hypoglycémie, hypokaliémie, hypercalcémie.

 Causes nutritionnelles : Avitaminoses (PP B1 B12), Hypervitaminose à la vit A, cures d'amaigrissement.

 Atteintes hépatiques : Hépatite, cirrhose.

 Infections : MNI, typhoïde, pneumopathies virales, tuberculose, encéphalites, SIDA.

 Troubles cardio-vasculaires : athérosclérose, cardiomyopathie.

 Troubles neurologiques : Crises convulsives, AVC, trauma crânien, tumeur cérébrale, SEP, Parkinson, maladie de Wilson, démences aux stades initiaux, syndromes douloureux chroniques.

 Causes néoplasiques : Cancer du pancréas, carcinomatose disséminée.

 Collagénoses : Lupus, polyarthrite rhumatoïde.

 

 

C. COMMENT TRAITER ?

-1-CHOIX DE L'ANTIDEPRESSEUR.

 

-2-ETABLIR UN CALENDRIER THERAPEUTIQUE.

En fixant d'emblée les dates des prochains rendez-vous. Un suivi hebdomadaire au cours des trois premières semaines de traitement est recommandé.

Important: Eviter "QSP 1 mois" à l'instauration du traitement, prescrire pour deux semaines de traitement seulement, on a ainsi la certitude de revoir le patient et on évite le stockage de médicaments.

 

-3- TRAITEMENTS ASSOCIES.

En cas d'anxiété ou d'agitation importante, d'insomnie ou de risque de levée de l'inhibition des traitements à visée symptomatique peuvent être associés au début du traitement. Il faut savoir les prescrire lorsqu'ils sont nécessaires mais surtout savoir les arrêter au plus tôt.

Prévoir sur la première ordonnance l'arrêt du traitement, par exemple :

J1 à J10

1c-1c-1c

J11 à J20

1c-1c-0

J21 à J30

1c-0-0

 

Beaucoup de patients redoutent une dépendance, il convient de leur expliquer qu'il n'existe pas de dépendance vraie aux antidépresseurs. En revanche, on peut ici insister sur le risque réel de dépendance aux benzodiazépines en cas d'utilisation prolongée.

 

L ' information et le soutien psychologique du patient sont essentiels.

 

D. QUAND CHANGER D'ANTIDEPRESSEUR ?

Si l'antidépresseur a été prescrit à la posologie réputée efficace : pas avant trois semaines, toutefois chez le patient âgé, la réponse thérapeutique peut être plus longue à survenir, il convient donc dans ce cas de maintenir un traitement bien toléré jusqu'à six semaines.

 

E. QUAND RECOURIR AU SPECIALISTE ?

L'avis d'un spécialiste doit être envisagé, lorsque :

- Le patient ne répond pas pleinement après deux tentatives de traitement.

- Il présente des tendances suicidaires.

- Il présente une forme sévère, psychotique ou chronique, de dépression.

- Ses symptômes suggèrent un diagnostic psychiatrique ou médical complexe.

 

F. QUAND ARRETER UN TRAITEMENT ANTIDEPRESSEUR ?

Jamais d'arrêt de traitement avant six mois pour un premier épisode dépressif majeur, il est impératif de maintenir le traitement antidépresseur pendant quatre à six mois à la même posologie après la disparition complète des symptômes, sinon il y a un risque important de récidive.

Afin d'éviter un syndrome de sevrage, toujours arrêter le traitement antidépresseur progressivement. (La Fluoxétine en raison de sa longue demi-vie (5 à 7 jours) peut être arrêtée du jour au lendemain, du fait de son élimination lente qui entraîne une diminution progressive des taux plasmatiques).

 

Dr J.Y Giancarli